Histoire du Château
Trois siècles d'histoire au cœur de la Normandie
1 — L'historique
La Seigneurerie du Buisson de May
La Seigneurerie du BUISSON de MAY est attestée depuis le XVème siècle. Elle appartint environ 300 ans à la famille de Bordeaux, notable de Vernon. C'est Jean de Bordeaux Bargeville qui commanda le château actuel en 1781 à Jacques Denis ANTOINE, architecte royal, membre de l'Académie.
Vendu sous la Révolution, le domaine fut conservé dans son intégralité par le Caron de Fleurey, puis Henri de Chastenay Lanty. Il fut repris en 1807 par le Baron Louis Philippe de Saint Albin, fils bâtard de Louis Philippe d'Orléans, dit Le Gros, qui, accompagné de Marie Pierette de Tolozan, veuve Merle d'Ambert, entreprit le remaniement du parc avec l'architecte-paysagiste Lalos, et l'amélioration des décors intérieurs.
Le Comte François Gaspard d'Onsembray hérita du domaine en 1830. Il y vécut jusqu'en 1870, année de sa mort et de la vente à Georges Degrand, ingénieur en chef du département de l'Eure.
En 1892, le banquier parisien Henri Berson racheta le domaine et en confia la restauration à Charles Couvreux, architecte, en 1895. La famille Labey devint propriétaire de 1920 à 1936, date à laquelle la Caisse d'Allocations Familiales de la Région Parisienne racheta le château et les bois pour en faire une colonie de vacances.
D'abord hôpital militaire anglais en 1939, puis occupé par les allemands à partir de 1940. La gardienne, Germaine Dumont, fut arrêtée en 1944 pour avoir caché des résistants au travail obligatoire. Classé Monument Historique en 1994, il connaît une période de restauration depuis 1999.

Portraits de la famille Degrand — archives du château
2 — Le Parc
Le parc et ses jardins
Jacques Denis ANTOINE entreprit la construction du château au même niveau que le logis seigneurial situé au Sud. Il fallut combler un talweg de plusieurs mètres de profondeur. Il fit construire de hauts murs avec contreforts. Il choisit des murs discrets correspondant aux "Ha-Ha" du parc de Versailles.
À l'Ouest, double allée de tilleuls de 7 toises de large au centre et 3 toises de chaque côté. La pelouse du centre évoque un boulingrin et est devenue une prairie naturellement parsemée de plantes peu courantes (orchidées, muscarii, etc.).
Lalos, en 1820, transforma le bois au Nord en bosquets et ouvrit la perspective Nord en Y.
À la tempête du 26 décembre 1999, 500 arbres ont été couchés, il fallut 2 ans pour tout nettoyer. Les prairies sont fauchées tardivement pour favoriser le semis naturel des fleurs rares.

3 — L'architecte
Jacques Denis Antoine
Jacques Denis ANTOINE, autodidacte, fils de maçon, frère d'un sculpteur. Né à Paris le 6 août 1733. Sa réalisation la plus connue est la Monnaie de Paris (1771-1777).
Il travailla sur l'Église Saint Nicolas des Champs, édifia la chapelle de la Visitation à Nancy, et l'Hôtel de Jeucourt rue de Varenne n°45 (1783).
Il ne réalisa que deux châteaux privés en France : Hercés (près de Houdan) et le Buisson de May (près d'Évreux), plus un troisième détruit près de Dreux (Marville).
Élu à l'académie en 1776, mort à Paris le 24 août 1801. Les plans datent de 1781 et 1782.
L'édifice
De plan carré, cantonné de quatre tours carrées, avec quatre façades différentes révélant les influences néo-classiques de Louis XVI.

Portrait de Jacques Denis Antoine par Henri-Pierre Danloux
4 — Témoignages
Les familles qui ont marqué le domaine


Famille Labey
Marcel Labey (1875-1968), secrétaire de la Société Nationale de Musique, professeur à la Schola Cantorum, compose sa 3ème symphonie au Buisson de May de décembre 1931 à 1933. Il fonde l'école de musique César Franck (direction 1943-1955).
Jean Cocteau, Erik Satie et Arthur Honegger fréquentaient le château. Pas moins de 7 pianos recensés à l'époque.
Marcel Labey et Charlotte Sohy
Charlotte Durey-Sohy épousa le 12 juin 1909 Marcel Labey. Mobilisé pour la guerre de 1914-18, il a été blessé au front, à Éparges, et Charlotte est allée l'assister à l'hôpital.
C'est en 1926 qu'ils vinrent s'installer au Buisson de May. Ils venaient principalement aux beaux jours : de Pâques à la Toussaint. En hiver, ils demeuraient à Paris.
Charlotte était musicienne : le piano, l'orgue et la composition étaient son domaine de prédilection. Elle fut élève de Marty, Guilmant, Vierne pour l'orgue et d'Indy, pour la composition. Elle écrivit un opéra (Astrid, ou l'esclave couronné) très applaudi à Mulhouse en 1947, une symphonie, de la musique de chambre, et des mélodies à chanter.

Marcel Labey (1875-1968) et Charlotte Sohy (1887-1955) (coll. Famille Labey).

Ils eurent un garçon, Philippe, et 6 filles, Monique, Éliane, France, Gisèle, Hélène et Marie-Josèphe. À cette époque, il y avait sept pianos dans la maison ! Mais Charlotte, peu connue à son époque, commence à être jouée, et son génie commence (enfin) à être reconnu. Voici le lien pour revoir le documentaire qui a été réalisé sur elle par son arrière petit-fils : Charlotte Sohy, la consécration d'une compositrice.
Marcel Labey, né au Vésinet le 6 août 1875, propriétaire du Buisson de May, a obtenu le grade de docteur en Droit en soutenant une thèse sur les droits et les obligations des propriétaires riverains. Néanmoins, sa vie fut consacrée à la musique. Excellent pianiste, élève de Breitner et de Delaborde, il travailla l'harmonie avec Lenormand avant de devenir élève de Vincent d'Indy en 1898, pour le contrepoint, la fugue et la composition. Il apprit aussi l'orgue avec Alexandre Guilmant, et fut diplômé en 1902.
D'Indy confia à son ancien élève Labey le cours de direction d'orchestre. Très maître de lui-même, doté d'une autorité naturelle, il était tout disposé pour cette lourde responsabilité de remplacer au pupitre le maître lorsqu'il était retenu ailleurs au moment d'un concert.

Léon Saint Requier, René de Castera, Auguste Séryex, Marcel Labey et Déodat de Séverac. Caricature de Ch. Constantin, 1903.
Il fut titulaire d'une classe supérieure de piano jusqu'en 1914.
Un célèbre groupe de musiciens gravite autour de M. Labey. C'est le groupe des six. Constitué vers 1916, il a pour tête Jean Cocteau. Tout juste sortis du conservatoire, ces six musiciens prennent l'habitude de se réunir. Certains souvenirs de la famille Labey placent Cocteau, Honegger, et Milhaud dans le grand salon du Buisson de May, car c'est après la guerre (en 1925-26) que M. Labey s'installa à Saint Aquilin. Il fonda l'école de musique de Vernon avec G. Quettier.
Dans ses propres œuvres, il fit preuve d'indépendance d'esprit par rapport à la mode du temps, de profondeur, de solide connaissance des fondamentaux. Ses idées étaient claires, les proportions harmonieuses, et son style prit de la maturité progressivement. Il a composé quatre symphonies, dont la troisième en 1933 à la mémoire de V. d'Indy, inspirée d'une mélodie grégorienne (Ubi caritas et amor). Pour ses compositions de chant, il tenait à ce que les instruments ne dominent pas la voix.
Famille Degrand
Georges Ernest Degrand, né à Carcassonne en 1822, ingénieur général honoraire, s'installa au Buisson de May le 1er mai 1871.
La "chambre des Princes" (1er étage, façade Nord) accueillit Robert d'Orléans, duc de Chartres (1880), et Philippe d'Orléans, comte de Paris.

Archives de la famille Degrand